Le groupe The Time est formé par Prince en 1981. Ils ont fait paraitre 4 albums avec une large contribution de Prince, puis un album « solo » sous le nom de The Original 7ven. Le groupe original est composé de Morris Day, Jerome Benton, Jesse Johnson, Jimmy Jam, Terry Lewis, Jellybean Johnson, et Monte Moir.
Origines du groupe
Le groupe The Time puise ses origines dans les prémices du Minneapolis Sound, au milieu des années 1970. Le noyau dur du groupe alors nommé Flyte Tyme est composé notamment de James « Jimmy Jam » Harris III et de Terry Lewis, agrémentés de Monte Moir et de Garry « Jellybean » Johnson. Il se produisait en concurrence amicale avec les groupes de Prince de l’époque, Grand Central et Champagne dans lesquels on trouvait Morris Day à la batterie.

Le nom d’origine du groupe était inspiré de Flight Time, une chanson de Donald Byrd de 1973, mais ils utilisèrent plusieurs noms selon les évènements durant lesquels ils se produisaient. Ils se nommaient parfois Wars of Armageddon ou Soul Vaccination, l’inspiration venant beaucoup des groupes Parliament et Funkadelic de George Clinton, très en vogue durant ces années-là. Jimmy Jam était aussi membre d’un autre groupe appelé Mind & Matter qui s’est produit au club First Avenue (alors encore nommé Uncle Sam’s) et a même bénéficié d’une diffusion TV à la fin des années 1970.
En 1980 Morris Day officie au sein d’un groupe nommé Enterprise, dans lequel on trouve aussi le guitariste Jesse Johnson, et il écrit la trame du titre Partyup qui fut récupéré par Prince et intégré à l’album Dirty Mind. Pour rétribuer l’usage de ce morceau, Prince proposa à Morris une somme de $10,000 ou la possibilité d’obtenir un contrat avec Warner Bros. Morris choisit l’option du contrat. Une clause du contrat initial signé par Prince en 1978 avec Warner lui autorisait en effet de recruter et produire d’autres artistes pour le label.
En avril 1981, Prince réunit dans sa maison de Kiowa Trail les membres de Flyte Tyme et de Enterprise pour leur proposer de créer un groupe ensemble. Une des premières conditions imposées par Prince est que Morris Day soit le batteur du groupe, ce qui se fait au détriment de Jellybean Johnson qui était le batteur original de Flyte Tyme.
Jellybean, qui est également guitariste, ne peut pas non plus se positionner sur cet instrument car la place est déjà réservée pour Jesse Johnson, issu lui aussi du groupe Enterprise. Il y a également des discussions et des auditions pour déterminer qui sera le « frontman » du groupe.
Flyte Tyme avait plusieurs chanteurs ou chanteuses qui se relayaient selon les concerts. Cynthia Johnson était l’une d’entre eux. Elle venait d’obtenir un tube international avec le titre Funkytown du groupe Lipps Inc et devait désormais assurer sa propre carrière. Sue Ann Carwell était également pressentie, elle avait enregistré quelques démos avec Prince les années précédentes, et elle avait la même équipe de management que lui à ce moment-là. Lorsque Prince se sépara de ses managers au profit du trio Cavallo, Ruffalo & Fargnoli, Sue Ann Carwell continua à travailler avec la précédente équipe ce qui ne pouvait pas la conduire à entrer dans le groupe. Et de toute façon, il est apparu qu’un homme était nécessaire pour coller avec l’identité souhaitée pour le groupe, celui d’une formation masculine de R&B/funk.

Alexander O’Neal, qui est lui aussi chanteur occasionnel aussi bien dans Enterprise que dans Flyte Tyme, est donc pressenti pour ce rôle. Au moment où Prince signe le groupe chez Warner Bros, le nouveau groupe créé s’appelle The Nerve et O’Neal en devient le chanteur principal. Très vite, un désaccord intervient entre Prince et O’Neal sur plusieurs aspects. O’Neal pensait jouer un rôle dans la production, la conception et l’écriture du premier album du groupe, mais en réalité Prince créa les morceaux lui-même, allant même jusqu’à les enregistrer en grande partie. Les divers membres du groupe ont souvent raconté qu’ils sont incapable de dire qui joue réellement sur le disque, tant les morceaux ont été travaillés par Prince en pleine nuit, alors que le groupe répétait et improvisait durant la journée. L’album aurait été créé intégralement en moins de deux semaines par Prince. Du fait de cette participation limitée des membres du groupe sur le disque, les salaires étaient peu valorisants et O’Neal ne se satisfaisait pas de ce traitement, il réclama plus d’argent. Ce désaccord se traduira par le départ d’Alexander O’Neal du projet, qui est renommé The Time.

C’est donc Morris Day, une nouvelle fois mis en avant par Prince, qui devient le chanteur officiel du groupe ce qui permet à Jellybean Johnson de récupérer la place de batteur. Le groupe original se compose donc de Morris Day (chant), Jesse Johnson (guitare), Terry Lewis (basse), Jellybean Johnson (batterie), Jimmy Jam (claviers) et Monte Moir (claviers). Jerome Benton (valet) intègrera le groupe lors des concerts donnés après la sortie du premier album.
The Time (1981)

Le premier album, au titre éponyme, paraît le 29 juillet 1981 précédé du single Get It Up qui obtient la place de n°6 au classement R&B du Billboard. Le second single, Cool, sera classé n°7 du même hit-parade. L’album monte jusqu’à la 7ème place du Top Soul Albums, et entre même dans le classement généraliste du US Billboard 200 à la 50ème place, où il restera classé au total pendant 32 semaines. Avec plus de 500,000 copies vendues, l’album The Time est certifié Disque d’or et dépasse ainsi le score de Dirty Mind paru neuf mois plus tôt !
The Time est donc pour Prince un succès tout autant qu’une menace. Il est enregistré à l’ASCAP comme auteur de cinq des six morceaux du disque. Le sixième, After Hi-School, a été écrit par son guitariste Dez Dickerson. Le succès de The Time lui permet donc d’engranger des royalties conséquentes qu’il reverse seulement en partie aux membres du groupe. The Time lui permet également de diffuser plus largement sa musique, tout en laissant croire à une compétition entre talents issus de Minneapolis. En effet, Prince n’apparaît aucunement dans les crédits de l’album et rien ne permet de dire qu’il en est le principal artisan. L’album est produit par un certain Jamie Starr, que personne ne connaît (et pour cause, c’est un pseudonyme de Prince), et il est prétendument enregistré aux Time Studios qui n’existent évidemment pas. Beaucoup de participations sont d’ailleurs non créditées sur le disque : Sue Ann Carwell (chœurs) et Dr Fink (synthé) sont présents sur Get It Up par exemple, également André Cymone et Lisa Coleman ont déclaré que beaucoup de leurs idées se sont retrouvées, sous forme évoluée, dans le premier album de The Time. L’irruption de talents issus de la même ville va donner lieu à la création de ce que l’on appellera le Minneapolis Sound. On trouve d’ailleurs de fortes similarités avec la musique de Prince, que l’on entend même assez distinctement dans les chœurs !
A côté de cela, The Time permet à Prince de développer une autre facette de son art et de sa philosophie. Le groupe affiche un côté beaucoup plus R&B/funk que l’album Dirty Mind qui lorgne vers la new-wave et le rock. Les thèmes développés dans cet album sont plus léger, traitant avec beaucoup d’humour de sexe, de filles, d’argent, du style, de l’attitude et de la fête. Les membres du groupe sont présentés en costume cravates, très éloignés du style déjanté de Prince à l’époque en bas résille et vêtements déchirés.
Composé de quatre longs jams funky ponctués de multiples solos et de deux ballades sexy, le premier album de The Time est une franche réussite. Morris Day est finalement le parfait frontman, proposant une attitude « cool » et funky, se positionnant comme un gigolo capable de « dîner à San Francisco et danser toute la nuit à Rome ». Get It Up et The Stick sont des morceaux aux références évidemment sexuelles, tandis que After Hi-School semble apporter un semblant de sérieux en interrogeant « hey toi, que vas-tu faire après le lycée ? ». L’album contient d’entrée deux signatures qui feront la renommée du groupe : « what time is it ? » et « somebody bring me a mirror ». Musicalement l’album s’inscrit dans la mouvance radicale du début des années 1980, qui voit les groupes de funk éliminer les cuivres au profit des synthétiseurs.
Controversy Tour (1981/82)
S’il est peu présent sur le disque, le groupe enchaine à rythme soutenu des séances de répétitions en vue d’une tournée. En août 1981, un showcase a lieu à Los Angeles devant des cadres de Warner qui permet de valider le fait que le groupe tient la route pour la scène. À l’automne, ils donnent quelques concerts dans la région de Minneapolis pour se chauffer. Leur premier concert officiel a lieu le 7 octobre 1981 au First Avenue. Quelques semaines plus tard, ils embarquent pour le Controversy Tour de Prince, où ils vont assurer les premières parties.

De plus en plus frustrés de ne pas contrôler leurs enregistrements sur disque et d’être toujours sous-payés, les membres du groupe décidèrent de tout miser sur la scène pour « botter le cul » à Prince. Leurs prestations énergiques furent souvent remarquées et leur show, forcément plus libre que le spectacle sophistiqué de Prince, leur permet de gagner les faveurs du public. À tel point qu’une certaine rivalité va apparaître entre The Time et le groupe de Prince, qui craignait de se voir dépasser. Cette tension culmina lors du dernier concert de la tournée donné à Cincinnati en avril 1982. Durant la première partie de The Time, Prince et son groupe commencèrent par jeter des œufs sur scène. Alors que Morris Day proposait qu’une fille du public monte sur scène pour la séduire pendant une ballade sexy, c’est le garde du corps de Prince, l’énorme Chick Hunstberry, qui se présenta avec une perruque blonde. Plus tard, c’est Jerome Benton qui fut attrapé sur scène, enfermé dans une loge et aspergé de crème. Jesse Johnson fut également emmené dans les coulisses, menotté à un radiateur et recouvert de restes de nourriture tandis que Prince lui-même le remplaça sur scène à la guitare. Bien décidés à se venger, les membres du groupe The Time attendirent la fin du show de Prince pour pourrir son groupe avec des légumes et fruits frais. Une bataille s’engagea jusque tard dans la nuit, se poursuivant même dans l’hôtel où ils étaient logés. Prince imposa à Morris Day de payer tous les dommages, prétextant que c’est lui qui avait commencé.
Prince débuta l’enregistrement de titres prévus pour le second album de The Time dès fin 1981 / début 1982. Les premiers titres envisagés pour l’album ont souvent laissé la place à des morceaux enregistrés ultérieurement. C’est le cas de Jerk Out, ou de Dance To The Beat qui ne sont pas retenus pour le deuxième album. La plupart des titres composant le nouvel album sont enregistrés entre avril et juin 1982. Comme pour le premier album, Prince en est le principal artisan. Les membres du groupe découvrirent les titres au fur et à mesure, en intégrant les morceaux lors de leurs séances de répétitions.
What Time Is It ? (1982)

Le second album, intitulé What Time Is It ?, paraît le 25 août 1982. Il obtient un succès encore plus rapide que le premier album, atteignant le statut de Disque d’Or (500,000 exemplaires vendus) en quelques semaines seulement. Il fut classé n°2 dans le chart R&B, et monte jusqu’à la 26ème place du Billboard 200, ce qui fut une performance similaire à l’album Controversy de Prince (n°3 R&B et n°21 pop). Le premier single, 777-9311, atteint aussi la place de n°2 en R&B et entre même dans le Billboard pop à la 88ème place. Le titre de la chanson était le numéro de téléphone réel de Dez Dickerson, ce qui lui a causé quelques ennuis !
A bien des égards, What Time Is It ? montre une franche progression par rapport au premier album. Le personnage de Morris Day, qui est présenté seul sur la pochette, est plus que jamais coquin et malicieux, les morceaux sont plus funky, le style est plus mature, et musicalement l’album est un prémisse presque avoué à l’album 1999 qui sortira deux mois après. Sur la forme, What Time Is It ? est composé de six titres comme l’album précédent, dont quatre longs jams, Wild And Loose, 777-9311, The Walk et I Don’t Wanna Leave You, un rockabilly new-wave (OnedayI’mgonnabesomebody) et une ballade, Gigolos Get Lonely Too qui restera comme marque de fabrique dans la discographie du groupe.
1999 Tour (1982/83)
Le 11 novembre 1982, The Time embarque avec Prince pour assurer les premières parties de son nouveau spectacle mis en place après la sortie de l’album 1999. La tournée fut surnommée The Triple Threat Tour car elle proposait 3 artistes/groupes différents dans la même soirée : Vanity 6, puis The Time, et enfin Prince. Les musiciens de The Time assuraient également les parties musicales pour Vanity 6, cachés derrière un rideau rose et un filet, pour un set d’environ 20 minutes. Jill Jones prêtait main forte pour les chœurs. Comme lors de la tournée précédente les membres du groupe ont réarrangé pour la scène les morceaux de Vanity 6, proposant un show musicalement brillant et excitant. Pour leur propre prestation, d’une durée d’environ 40 minutes, le groupe assurait un medley des deux premiers albums. La rivalité entre The Time et le groupe de Prince reprit de plus belle, et dès le mois de décembre Prince demanda à changer des éléments dans la prestation de The Time pour minimiser leur impact sur le public, ce qui donna lieu à de fortes protestations de la part du groupe. Après un mois d’interruption, la tournée reprend en février 1983 et à partir de ce moment, The Time sera parfois supprimé de l’affiche car Prince craignait qu’il ne lui fassent trop d’ombre sur les villes les plus importantes. Le show se consistait alors uniquement de Vanity 6 et de Prince.

Les membres de The Time n’ayant pas grand-chose à faire en dehors des répétitions et des tournées vont aller chercher des centres d’intérêts ailleurs. C’est le cas de Jimmy Jam et de Terry Lewis, qui dès 1982 rencontrent Dina Andrews du label SOLAR très en vogue à cette époque, et ils commencent à écrire et produire pour des artistes extérieurs comme SOS Band, Cherelle, ou Change. Lors d’une de leurs escapades à Atlanta, ils restent bloqués sur place par une tempête de neige et ne peuvent rejoindre dans les temps le groupe pour un concert avec Prince prévu à San Antonio le 24 mars 1983. Pour ce show, Prince dut prendre la place de Terry Lewis à la basse tandis que Lisa Coleman assurait les parties clavier de Jimmy Jam. Dans une interview ultérieure, Jimmy Jam expliqua que Prince pensait qu’ils étaient partis avec des filles. C’est quand il vit la photo de Jimmy et Terry dans le magazine Billboard qu’il comprit qu’ils cherchaient à mener leur propre carrière. Le groupe SOS Band venait de décrocher un hit avec le titre Just Be Good To Me écrit par le duo.
La tournée 1999 se termine le 10 avril à Chicago, et Jimmy et Terry sont remerciés. Leur départ provoque aussi celui de Monte Moir, qui préféra les suivre. Il deviendra lui-même auteur et producteur de plusieurs hits, notamment pour Janet Jackson. Il semble cependant que malgré le départ de trois membres fondateurs du groupe, The Time reste une priorité pour Prince puisque de nouveaux morceaux sont immédiatement enregistrés avec participation de Morris Day et de Jesse Johnson. Le titre Jungle Love, proposé par Jesse, est enregistré par Prince dès le 26 mars 1983.
Purple Rain (1983)
Plusieurs autres morceaux prévus pour un troisième album de The Time sont enregistrés en mars / avril 1983 : My Summertime Thang, Cloreen Bacon Skin, The Bird (studio version), Chili Sauce, et If The Kid Can’t Make You Come. De larges portions de ces deux derniers titres inspireront les dialogues du film Purple Rain. D’autres titres suivront un peu plus tard, sans qu’il soit certain qu’ils soient destinés à The Time à l’origine, comme Chocolate, My Love Belongs To You, et Velvet Kitty Kat.
A partir de mai 1983, un nouveau groupe est constitué et des répétitions débutent ainsi que des leçons de théâtre, en préparation du film. Sur proposition de Jesse Johnson, le poste de bassiste est confié à Rocky Harris. Pour les claviers un jeune homme de 18 ans, Paul Peterson, issu d’une grande famille de musiciens jazz de Minneapolis, est engagé, ainsi que Mark Cardenas, qui jouait dans des groupes de jazz-fusion précédemment.
Cette configuration du groupe donnera un concert au First Avenue le 4 octobre 1983, à cette occasion les morceaux Jungle Love et The Bird sont présentés au public. Le show est enregistré à l’aide d’un studio mobile et la prestation live de The Bird sera finalement choisie pour figurer sur l’album Ice Cream Castle. Ce concert montre cependant que de fortes tensions apparaissent dans le groupe. Au cours du show, Morris Day fait passer un panier dans le public pour faire une quête, s’estimant toujours mal payé. Il faut dire que malgré le succès du groupe, il gagnait encore assez peu d’argent et n’appréciait plus que Prince ait une main mise totale sur le groupe. Il quittera les lieux sans rien dire dès la dernière minute du show en laissant ses camarades dans l’expectative. Ce sentiment est renforcé en novembre, alors que le tournage du film Purple Rain débute. Rocky Harris, en retard dès le premier jour de tournage, est remplacé sans ménagement par Jerry Hubbard ce qui mis Jesse Johnson mal à l’aise. Jerry fut intégré pour le reste du tournage et fut crédité sur l’album Ice Cream Castle à la place de Rocky Harris. Morris Day fut de nombreuses fois pas très coopératif lors du tournage, ce qui lui vaudra d’être remplacé au pied levé par Jerome Benton lors de la scène où on donne à Prince les billets de concerts pour aller voir Apollonia.
Le troisième album de The Time, Ice Cream Castle, est malgré tout finalisé en janvier et février 1984 à Los Angeles avec Morris Day. Les titres My Drawers, Ice Cream Castles, et Tricky (prévu pour une face B) sont enregistrés lors de ces sessions. L’unité du groupe est préservée encore jusqu’à la première du film en juillet 1984, mais dès le 8 juin des rumeurs de séparation sont apparues après que l’on ait constaté l’absence de Morris Day aux Minnesota Black Music Awards, une cérémonie où Jesse Johnson interpréta lui-même le titre Jungle Love au nom du groupe. Courant juin, Morris Day déménagea à Santa Monica en Californie et ne montra plus d’intérêt à continuer avec The Time. Il coupa les ponts avec l’entourage et le management de Prince. Le groupe fut un temps mené par Jesse Johnson mais Prince préférait installer Paul Peterson comme nouveau chanteur. Jesse décida donc de quitter le groupe à son tour, emmenant Jerry Hubbard et Mark Cardenas pour travailler avec lui. Les membres restants, Jerome Benton, Jellybean Johnson, et Paul Peterson furent invités à une réunion chez Prince où il leur fut proposé d’intégrer le groupe The Family. Cela signait donc la fin de The Time, du moins provisoirement.
Lorsque l’album Ice Cream Castle paraît le 2 juillet 1984, le groupe n’existe donc déjà plus.
Ice Cream Castle (1984)

Même si le titre (« château de crème glacée ») semble indiquer la débâcle du groupe, le succès autour de Purple Rain va propulser cet album vers le succès. Concrètement, l‘album atteint la place de n°3 R&B/Soul et n°26 dans le chart pop ce qui est similaire aux performances des deux précédents albums, mais cette fois il va rester présent pendant 57 semaines dans le Billboard profitant de la purple mania tout au long de l’hiver 1984-85, atteignant la certification de Disque de Platine (1 million d’exemplaires vendus) en mars 1985. Le second single, Jungle Love, atteint la place de n°20 au Billboard pop singles.
Bien que Ice Cream Castle soit le plus grand succès de The Time, cet album est le moins satisfaisant sur le plan musical. Il semble composé de morceaux « bric à brac » dont deux ballades pas très intéressantes, If The Kid Can’t Make You Come et Chili Sauce. Le personnage du Kid, utilisé dans le film Purple Rain, est ici vu à travers The Time. Le morceau a été enregistré très en avance par rapport au film, ce qui explique peut-être une certaine confusion dans le personnage. Le titre phare, Ice Cream Castles (avec un S final tandis que le nom de l’album n’en comporte pas) est un jam roboratif qui n’est pas à la hauteur des morceaux similaires sur les albums précédents. Les morceaux qui se distinguent sont Jungle Love, The Bird et My Drawers.
Le personnel de l’album est très limité, puisqu’il se compose de Morris Day, Jesse Johnson et Prince. Sharon Hugues assure les dialogues avec Morris Day. Comme les fois précédentes, l’album est produit prétendument par The Starr Company.
Intermission
La période 1985-1989 voit l’émergence d’un univers étendu au Minneapolis Sound, qui désormais ne se limite plus à Prince. Le duo de producteurs Jimmy Jam & Terry Lewis devient reconnu sur le plan international, produisant de nombreux hits dont certains pour leur ancien camarade Alexander O’Neal qui débute une carrière d’une dizaine d’albums à partir de 1985. Ils décrochent la timbale en réalisant l’album Control de Janet Jackson qui en 1986 est un succès international. Il sera suivi de Rythm Nation 1814 en 1989, toujours avec la même équipe.

Morris Day et Jesse Johnson, chacun de leur côté, multiplient les sorties d’album solo et les productions. Morris Day fait paraître Color Of Success en 1985 (n°7 R&B, n°27 pop) dans lequel on trouve le hit The Oak Tree. L’album propose une structure similaire aux albums de The Time : quatre jams funk et deux ballades.

Jesse Johnson obtient un contrat chez A&M Records avec l’appui de Owen Husney, l’ancien manager de Prince, et sort Revue (n°8 R&B, n°43 pop) en 1985, suivi de Shockadelica (n°15 R&B, n°70 pop) en 1986 sur lequel on trouve un duo avec Sly Stone, Crazay, ainsi que Do Yourself A Favor qui est à la base un titre de 94 East. Ses productions sont nombreuses parmi lesquelles Ta Mara & The Seen (qui obtient la 24ème place au classement pop avec le single Everybody Dance début 86), Da Krash, ou Kool Skool, et on trouve ses contributions pour Paula Abdul, Janet Jackson, Cheryl Lynn et Les Rita Mitsouko.
A partir de 1987 néanmoins, les styles musicaux évoluent et diluent l’impact du Minneapolis Sound en se tournant vers un R&B / dance plus traditionnel. C’est le cas notamment pour l’album Daydreaming de Morris Day. S’il contient d’importantes participations des membres originaux de The Time, notamment sur le titre Fishnet qui est un n°1 R&B (et n°23 pop) et voit apparaître le groupe quasi au complet dans le clip, le disque sonne plus « californien » que « minneapolitain ». Jesse Johnson, de son côté, reste fidèle à sa marque de fabrique à base de riffs de synthés et guitares rythmiques bien posées, mais Every Shade Of Love (n°26 R&B, n°79 pop) qui paraît en 1988 est moins attrayant que ses deux précédents disques.

Le 2 octobre 1987 le groupe The Time original et au complet (à l’exception de Monte Moir, dont la femme attendait la naissance de leur premier enfant) se produit à St Paul pour le 6ème Minnesota Black Music Awards, durant lequel Prince fut intégré au Hall Of Fame. La cérémonie est conduite par Jerome Benton, et le concert de The Time est l’évènement très attendu de la fin de soirée. Le discours de présentation du groupe sera repris ultérieurement dans le titre Dreamland sur Pandemonium (1990), statuant qu’il « devrait exister une loi contre la séparation des groupes ». The Time produit un show excellent, qui donna envie aux divers membres de retravailler ensemble et envisager un nouvel album. Mais chaque membre ayant un agenda très chargé, les projets furent constamment reportés. Prince n’assistera pas au show de The Time, préférant se rendre à un concert de David Bowie à Minneapolis.
Laissant de côté leurs animosités passées, Prince et Morris Day, avec participation de Jerome Benton, se lancent dans la réalisation d’un nouvel album de The Time à partir de juin 1989.
Corporate World (1989)
L’été 1989 est dévolu à la réalisation de Corporate World à Paisley Park, qui doit être le quatrième album du « groupe ». Sont alors écrits et enregistrés les titres Murph Drag, Nine Lives, Donald Trump (Black Version), Love Machine, Data Bank, Shake !, Corporate World, The Latest Fashion, Release It, et une nouvelle version de My Summertime Thang, un titre de 1983. Nine Lives est issu d’un projet d’album de la danseuse chanteuse Cat, tandis que Data Bank avait été enregistré avec The Revolution en juin 1986. En juillet, la saxophoniste Candy Dulfer ajouta sa contribution à un grand nombre de titres.
Une date de sortie fut convenue avec Warner Bros pour le 14 novembre 1989 cependant, en découvrant le projet les cadres de Warner souhaitèrent que tous les membres du groupe original participent au disque, d’autant que The Time devait jouer un rôle dans le film Graffiti Bridge, alors en préparation. Prince convoqua tout le monde à Paisley Park et les discussions s’engagèrent. Cette fois, les membres du groupe sont bien déterminés à ne pas se laisser avoir. Jimmy Jam et Terry Lewis ont désormais suffisamment de poids pour discuter d’égal à égal avec Prince, et il est bien question pour eux de participer effectivement à la réalisation de l’album. Ils négocient de pouvoir sortir l’album conjointement sur deux labels : Reprise Records et Paisley Park Records. Ceci pour assurer le succès, car depuis sa création en 1987 le label Paisley Park Records peine à obtenir des résultats. Il semblerait que lors de ces réunions, Prince aurait présenté le film Graffiti Bridge comme l’histoire de Purple Rain racontée du point de vue de The Time. Au final, le film est plutôt centré sur Prince.
Prince leur confia l’album Corporate World et la fin de l’année 1989 est dévolue à la réalisation de ce qui deviendra Pandemonium. The Time retient trois titres issus du projet Corporate World : Data Bank, My Summertime Thang, et Donald Trump (Black version). La musique de My Summertime Thang sera utilisée pour refaire The Latest Fashion pour Graffiti Bridge (la version de Corporate World de ce titre utilise une base instrumentale totalement différente). Sont ajoutées deux titres anciens issus du Vault de Paisley Park : Jerk Out, qui avait été enregistré initialement fin 81 / début 82, et Chocolate qui date d’avril 1983. Si Jerk Out a été sensiblement refait, Chocolate est globalement laissé dans son jus d’origine et on y entend même Prince jouer le rôle d’une serveuse de restaurant.
Pandemonium (1990)

L’album Pandemonium paraît le 10 juillet 1990 soit un mois et demi avant l’album Graffiti Bridge de Prince, et bien sûr avant la sortie du film. S’il est fortement associé au film, l’album n’en est pas la bande originale et aucun des morceaux de Pandemonium ne figure dans Graffiti Bridge. Le disque est très attendu et grimpe les charts jusqu’à la 9ème place du top R&B et la 18ème place du chart pop ce qui est bien mieux que les albums précédents, toutefois en volume de vente il est certifié seulement pour Disque d’Or (soit au moins 500,000 exemplaires vendus) alors que Ice Cream Castle avait atteint la certification de platine. Le single Jerk Out obtient la place de n°1 en R&B, n°6 en Dance et n°9 en pop ce qui en fait le plus gros succès du groupe.
Sur le plan musical, Pandemonium est enfin l’effort collectif que tout le monde attendait. Prince est auteur ou co-auteur de cinq des 10 titres de l’album (et de tous les segues), bien que tous les morceaux soient officiellement crédités à The Time. Il s’agit de Pandemonium, Jerk Out, Chocolate, Data Bank, et Donald Trump (Black Version). La plupart des autres morceaux sont écrits par Jam & Lewis, mais on note aussi la participation de Monte Moir sur It’s Your World, et bien sûr de Jesse Johnson sur les deux morceaux portés sur les solos de guitare : Blondie, et Skillet.
Si l’album fait preuve d’une réelle flamboyance et se révèle très enthousiasmant, il faut avouer que les thèmes développés restent assez basiques : les filles, les voitures, l’argent, les soirées, et la gaudriole sont les principaux centres d’intérêts développés dans les paroles. Dans le morceau Jerk Out est dévoilé le véritable leitmotive de The Time : se pointer dans une soirée, séduire toutes les filles en les arrachant à leur prétendant, pour finalement les abandonner au dernier moment. Dans Donald Trump (Black Version) il ne s’agit pas d’une ode au futur président des USA, mais il est question plutôt de l’avidité des demoiselles qui recherchent un homme riche pour subvenir à leurs besoins.
Le succès de l’album donnera lieu à des prestations TV du groupe notamment pour Saturday Night Live, et une tournée promotionnelle est organisée au Japon en février 1991. Mais avant même que celle-ci ne débute, les tensions réapparaissent : Jesse Johnson, indépendant et taciturne, fait l’objet d’un vote des autres membres pour l’écarter du groupe. Jimmy Jam & Terry Lewis retournent vite assurer leurs occupations de producteurs, et c’est un line-up partiel qui se produit au Japon avec des musiciens remplaçants (dont Morris Hayes aux claviers). A nouveau, le groupe The Time se retrouve disloqué.
Graffiti Bridge (1990)

Distribué à partir du 20 août 1990, l’album de Prince Graffiti Bridge est la bande originale du film du même nom, et dans lequel The Time joue son propre rôle. La particularité de cet album est d’inclure les chansons du film y compris celles chantées par d’autres artistes, et notamment quatre titres joués par The Time (sur les 17 que compte l’album). Les titres sont issus du projet Corporate World : Release It, The Latest Fashion, Shake !, et Love Machine.
Le contraste est assez saisissant entre ces quatre titres et ceux de l’album Pandemonium. C’est là où on voit que la patte de Jam & Lewis a été un élément clé à la réussite de l’album solo du groupe. Bien que correctement interprétés les titres de Graffiti Bridge ne sont pas qualitativement à la hauteur du groupe. Le titre Shake ! sera édité en single mais n’obtiendra aucun succès.
Morris Day & The Time
Après Graffiti Bridge, The Time est encore une fois séparé pour plusieurs années. Morris Day fera paraître en 1992 un troisième album solo intitulé Guaranteed, et qui n’affiche plus aucun lien avec le groupe.
A la fin de l’année 1995, sous la pression des fans, Morris Day et Jerome Benton remontent un line-up et le groupe recommence à tourner sous le nom de Morris Day & The Time. Ils reprennent avec eux Monte Moir et Jellybean Johnson. Parmi les nouveaux entrants on trouve Tori Ruffin à la guitare, Freeze à la basse et Chance aux claviers, qui resteront de nombreuses années présents dans le groupe. Chance Howard sera récupéré par Prince en 2004 pour la tournée Musicology. Cette configuration du groupe est invitée à jouer en Europe en septembre et octobre 1996 pour une tournée de 13 shows, et ils se produiront à Paris et à Montpelier pour un total de 3 concerts mémorables.
A la fin de l’année 1996 plusieurs informations laissent paraître qu’un nouvel album de The Time est en préparation. Son titre non définitif était Old Dogs, New Tricks. On ne sait rien de la teneur de ce projet ni de ses participants. Il semble acquis cependant que ce projet d’album mélangeait les membres originels du groupe avec les plus récentes recrues.
Le groupe tourne intensément aux États-Unis pendant plusieurs années, écumant les salles de moyenne importance. En décembre 1999, ils sont invités par Prince à l’enregistrement d’un concert en Pay-per-view, qui sera aussi édité en vidéo sous le titre Rave Un2 The Year 2000. Ils y jouent les titres Jungle Love et The Bird. Le groupe jouit d’une popularité toujours soutenue, un temps ravivée par leur participation au film Jay And Silent Bob Strike Back (de Kevin Smith) en 2001.
En 2004, Morris Day fait paraître un album live complété de quatre nouveaux titres studio : It’s About Time.
Las Vegas (2008)

A la surprise générale, et après 15 années sans avoir joué ensemble, les 7 membres originels du groupe The Time se produisent en concert avec la chanteuse Rihanna lors des 50ème American Music Awards en février 2008. Les retours furent tellement positifs qu’une résidence de 15 dates est programmée à Las Vegas au club Flamingo, du 24 juin au 2 août 2008. Les concerts seront très bien reçus et resteront la dernière chance de voir sur scène le groupe réuni au complet.
Le groupe envisage alors de travailler ensemble à nouveau en studio. Entre-temps Jesse Johnson fait paraître un somptueux double album solo, Verbal Penetration, en octobre 2009.

The Original 7ven / Condensate (2011)

A partir de mi-2010 le groupe The Time commence à annoncer la sortie d’un nouveau disque. Dès cette époque des titres comme Strawberry Lake, ou If I Was Your Man sont énoncés dans la presse. Il est confirmé que Jesse Johnson fait aussi partie du projet. A ce moment, le groupe original continue de se produire sporadiquement en concert tandis que la formation dite « Morris Day & The Time » avec les musiciens « remplaçants » tourne plus régulièrement.
L’album, initialement annoncé pour « avant la fin de l’année 2010 » va être reporté plusieurs fois pour paraître finalement en octobre 2011.
Les raisons de ces reports successifs sont en partie dues à la dénomination du groupe. Il semble qu’il y eut pendant plusieurs mois des discussions avec Prince, qui ont abouti au fait que le groupe ne pourrait pas utiliser le nom The Time. Ce nom appartient à Prince, qui n’est pas du tout impliqué dans le projet. Il s’agit donc d’un projet « solo » et non d’un album de The Time, même si les musiciens nommés sur la pochette sont exactement les mêmes. Ils ont un temps envisagé de s’appeler The Original Time Band, avant d’opter à la dernière minute pour le nom de The Original 7ven.
L’album s’intitule Condensate et il paraît sur Saguaro Road, un sous-label de la compagnie Time Life, appartenant à Trusted Media Brands, une plate forme media et publications. Avec le temps, il est évident que seuls les fans furent intéressés par cet album et l’absence du nom de The Time pour le promouvoir a certainement contribué à des résultats commerciaux mitigés. L’album est toutefois monté jusqu’à la 10ème place du classement R&B et la 58ème dans le Billboard 200. Le single #Trendin s’est contenté d’une 77ème place en R&B uniquement.
Musicalement, l’album est relativement décevant. Si l’on retrouve le son, les mimiques, les thèmes, les arrangements habituels du groupe, l’ensemble du disque n’est pas assez captivant sur la longueur, les mélodies s’enfoncent rapidement, et le personnage haut en couleurs de Morris Day n’est plus réellement crédible 20 ans après. D’autre part le disque ressemble plus à une production Jam & Lewis pour Morris Day qu’au réel projet d’un super-groupe. Jesse Johnson est assez peu mis en avant sur le disque, contrairement à Pandemonium, et il sembla évident que cet album n’était pas sa priorité.
Après 2011
La formation de Morris Day & The Time continue à se produire régulièrement en concerts, bien que Jerome Benton ait décidé d’arrêter d’y participer. Le valet de Morris Day est donc remplacé par un ou deux danseur qui n’ont évidemment pas la même alchimie. Jesse Johnson continue de jouer de son côté, et a notamment suivi D’Angelo dans plusieurs de ses tournées.
Le décès de Prince en 2016 n’a pas permis au groupe de retrouver l’unité, et il est peu probable que de nouveaux disques voient le jour ou qu’une reformation survienne. Mais il est toujours permis de rêver !