Le site en Français sur Prince et le Minneapolis Sound

Planet Earth est le trente-huitième album de Prince. L’album a d’abord été distribué en Grande-Bretagne avec l’édition du 15 juillet 2007 d’un hebdomadaire, le Mail on Sunday, tiré pour l’occasion à trois millions d’exemplaires. Il fut également distribué à l’entrée des concerts de la résidence de 21 soirs à Londres, à partir du 1er août 2007. Dans les autres pays, il fut également disponible en magasins à partir du 24 juillet 2007. Il est paru sur le label NPG Records en partenariat avec Columbia / Sony Music comme pour Musicology (alors que Prince avait fait un détour chez Universal pour 3121 l’année précédente).

Genèse

En 2007, cela fait trente ans que Prince est dans l’industrie musicale et discographique, puisqu’il a signé son premier contrat avec Warner Bros en mai 1977. Durant les 15 premières années de sa carrière, il a redéfini la musique Soul et Pop avec son style particulier, jusqu’à créer un courant musical qui lui fut propre, le Minneapolis Sound, et même disposer d’une couleur, le violet, qui lui est régulièrement attribuée. Son influence musicale est majeure auprès de nombreux artistes qui sont apparus ultérieurement, et encore aujourd’hui.

Entre 1994 et 2001, alors en guerre contre sa maison de disques historique, il bouscule l’industrie à plusieurs reprises avec des décisions courageuses : laisser son nom d’artiste initial pour un Symbole imprononçable, lancer un label indépendant (NPG Records), ouvrir des magasins pour distribuer sa musique (les NPG Stores), être présent dès les débuts de l’internet grand public en vendant ses albums directement aux fans, et chercher constamment de nouvelles formes de distribution.

A partir de 2001, avec le NPG Music Club et aussi une série d’albums très réussis, il redevient une figure majeure de la pop musique et reçoit les honneurs lors d’une cérémonie d’introduction au Rock’n’roll Hall of Fame, en 2004. Il est désormais un performer de légende, que le public va admirer dans des concerts toujours aussi audacieux et brillants, pour lesquels il se fait payer 1 million de dollars par soirée.

Bien que le parcours de sa carrière ait pu être semé de désillusions et de quelques ratages, il faut avouer qu’à ce stade, Prince a accompli pratiquement tout ce qu’il a pu rêver d’obtenir. La consécration ultime ayant peut être été d’assurer le show de la finale du Superbowl XLI, en février 2007, une prestation qui fut unanimement saluée malgré des conditions météo défavorables.

En rétrospective, on peut constater que les choses ont changé à partir de ce point. Dès lors, si Prince va continuer à produire des disques et faire des concerts, parfois avec de fantastiques coups d’éclats, ce ne seront pour la plupart que des répétitions des gloires passées. Les albums ne seront plus vraiment des projets constitués pour créer un concept, mais plutôt des compilations de titres enregistrés ici et là, regroupées autour d’un thème semblant les unifier, ou pour un but commercial précis dans le cadre d’un partenariat avec des organisations extérieures à la musique.

C’est exactement le cas de cet album, Planet Earth, dont la raison d’être n’est autre qu’être l’outil promotionnel accompagnant la résidence de 21 soirs que Prince assure à Londres durant l’été 2007.

Les premiers signes avant-coureurs de l’arrivée de Planet Earth remontent à mars 2007. Lors d’un discours pendant les NAACP Awards où il était présent, Prince a déclamé quelques phrases qui se révèleront ultérieurement être celles du morceau Planet Earth. Au même moment, une animation visuelle sur le site 3121.com dévoilait la pochette avec la mention « coming soon, summer 2007 ».

Au mois de mai 2007, Prince annonça une résidence de 21 soirs à Londres. L’album est surtout venu comme élément promotionnel à cet événement, car il fut annoncé qu’il serait distribué à l’entrée des concerts comme lors de la tournée Musicology qui avait eu lieu seulement aux États-Unis. A cet effet, Prince est revenu à un partenariat avec Columbia / Sony Music après son passage chez Universal pour 3121.

En plus de cette distribution aux concerts, le choc de l’été 2007 est que l’album sera également distribué avec un hebdomadaire, le Mail on Sunday, qui prévoit un tirage exceptionnel à 3 millions d’exemplaires pour l’occasion ! D’après les publicistes de Prince, il s’agit du plus important « give away » jamais réalisé avec un album entièrement inédit !

Prince poursuit son souhait de voir sa musique distribuée de toutes les façons possibles. Mais le fait d’inonder ainsi le marché anglais a fortement courroucé les disquaires, grossistes et autres distributeurs de musique, accusant Prince de concurrence déloyale. Après avoir menacé de boycotter l’album, ils finiront par distribuer tout de même le disque (édition Mail On Sunday) car ils n’avaient « pas le choix ». Si les distributions de CD ont déjà eu lieu avec des magazines, il s’agissait généralement de compilations ou d’artistes peu connus. Mais cette fois, il s’agit d’une sortie d’un album entièrement nouveau, distribué sans coût supplémentaire (au prix de £3,00), de la part d’un artiste majeur, ce qui fut sans précédent.

L’album fut également distribué dans les autres pays, dans les magasins traditionnels, environ une semaine après la Grande-Bretagne.

Enregistrement

Les dates d’enregistrement des morceaux de Planet Earth ne sont pas connues officiellement. Toutefois, on estime que le contenu de l’album a été finalisé entre la fin de la série de concerts à Las Vegas fin 2006, et le printemps 2007.

Planet Earth partage bon nombre de ses titres avec le projet Lotusflow3r qui est en gestation depuis 2005. Ce projet avait déjà évolué en un album simple qui est devenu 3121 à l’occasion du deal passé avec Universal. Par la suite, en 2006, Prince a continué à faire évoluer ce projet en lui attribuant de nouveaux titres. Quand le deal avec Columbia et le Mail on Sunday a été conclu début 2007, Prince a puisé dans le contenu de ce qui constituait Lotusflow3r pour sélectionner 10 titres compilés sur Planet Earth.

Ainsi, Guitar, Chelsea Rodgers, Mr Goodnight, Future Baby Mama, Lion Of Judah, et The 1 U Wanna C faisaient partie du projet Lotusflow3r de fin 2006 / début 2007.

Le titre Planet Earth comporte la participation de Michael Bland et Sonny Thompson (des NPG version 1991-96), respectivement à la batterie et à la basse. Ce qui pourrait indiquer que ce morceau remonte à la session de novembre 2004 à Paisley Park Studios avec ces deux musiciens.

Guitar avait été livré sur le site de Prince en mp3 gratuit dans une version « demo » en février 2007 sous une forme plus simple, moins « rock » que la version finale.

Deux des membres de The Revolution, Wendy Melvoin et Lisa Coleman, ont participé à l’album. Seulement on ne sait pas s’il s’agit d’une nouvelle collaboration ou de titres anciens remis au goût du jour. Wendy & Lisa avaient participé avec Prince à une prestation TV pour 3121 en 2006. Wendy apparaît sur The 1 U Wanna C, Resolution et All The Midnights In The World, et Lisa uniquement sur The 1 U Wanna C et Resolution. Toutefois la pochette de l’album ne liste pas précisément qui participe sur quel titre.

L’album voit apparaître de nombreuses participations de l’entourage de Prince. Au delà des artistes déjà cités, on note également Shelby J, Marva King, Bria Valente, The Twins, Cora Coleman-Dunham, Josh Dunham, Renato Neto, Mr Hayes, Sheila E, Mike Philipps, Greg Boyer, Maceo Parker, et Lee Hogan.

Éditions

Planet Earth – pochette en carton avec les bords ronds distribuée à l’entrée des concerts de Londres.

Planet Earth est paru globalement en trois éditions CD différentes.

La version trouvable en magasins traditionnels est celle qui comporte la pochette holographique et se présente le plus souvent sous la forme d’un digipack.

La version distribuée par le Mail On Sunday a une pochette simple, en carton, avec les bords carrés.

La version distribuée à l’entrée des concerts est aussi une pochette carton simplifiée, mais avec les bords ronds et elle ne comporte pas de référence au journal dans les crédits.

Le contenu des trois versions est musicalement identique.

  1. Planet Earth (5:51)
  2. Guitar (3:45)
  3. Somewhere Here On Earth (5:46)
  4. The One U Wanna C (4:29)
  5. Future Baby Mama (4:47)
  6. Mr. Goodnight (4:27)
  7. All The Midnights In The World (2:22)
  8. Chelsea Rodgers (5:41)
  9. Lion Of Judah (4:11)
  10. Resolution (3:41)

En 2019 le Prince Estate proposa une réédition CD et vinyle de cet album. Ce fut l’occasion de voir la pochette lenticulaire au format vinyle.

En revanche les éditions prétenduement promotionnelles en double album vinyle avec sticker sont pirates.

Singles

Guitar – CD single

Le seul single commercial extrait de l’album fut Guitar, lancé en Europe en CD quelques semaines avant la sortie de l’album. Il comporte également le morceau Somewhere Here On Earth.

On trouve une dizaine de déclinaisons en CD promotionnel de ce titre (parfois sous la forme de CD-R un peu habillés).

Aux États-Unis, il existe également sous la forme de téléchargement mp3 gratuit à travers le service de Verizon, un opérateur américain.

Les autres singles ont été édités dans le circuit promotionnel uniquement, et seulement dans certains pays : Future Baby Mama en CD promo français, The One U Wanna C en CD promo hollandais (et avec une pochette unique), et Chelsea Rodgers en CD et maxi vinyle promo américain.

Analyse

Planet Earth est, plus que jamais, l’exemple d’une industrie du disque en totale perdition à cette époque. Cet album joue essentiellement le rôle d’objet promotionnel en faveur de la résidence de 21 soirs à Londres, donnée entre le 1er août et le 21 septembre 2007. Distribué via un journal (mais cela aurait tout aussi bien pu être un paquet de lessive), l’album en lui-même est relégué à un simple accessoire, totalement dévalorisé, diffusé au plus grand nombre sans chercher à toucher un quelconque public. Trois millions d’exemplaires seront écoulés en Grande-Bretagne, cela n’était jamais arrivé pour Prince même au faîte de sa gloire ! L’opération est donc un succès, mais au final que conserve t’on de cet album ? La plupart des CD ne seront-ils pas jetés à la poubelle avec le journal, une fois consommé ? Au final, que peut-on attendre musicalement d’un album de ce genre ?

L’ouverture avec le titre Planet Earth semble sauver la mise tout d’abord, on retrouve un Prince convaincant et défendant les richesses naturelles de notre planète. Mais assez vite, le titre prend une tournure un peu gnan-gnan avec des « la la la » et malgré un crescendo et un bon solo de guitare vers la fin, on attend de voir quelle sera la suite.

On trouve alors le single phare du disque, Guitar, un titre assez simpliste dans la forme comme dans le fond, teinté d’un humour typiquement princier : « je t’aime bébé, mais pas autant que ma guitare ! » Ce titre édité en single sera abondamment passé en radio en Grande-Bretagne pendant la série de concerts que donne Prince à Londres. En dehors de cela, son impact est assez limité mais il sera souvent apprécié en concert car Prince le jouera régulièrement jusqu’au début des années 2010.

Vient alors Somewhere Here On Earth, qui semble bien vieillir avec le temps car lors de sa parution, ce titre fut souvent jugé soporifique mais les interprétations live lui ont rendu justice. Ce titre bénéficiera d’un clip qui sera parfois passé en TV.

The One U Wanna C est un autre titre dans la veine évidente de l’album, prévu pour être un titre pop/folk facilement accessible. Malgré son propos quelque peu misogyne (« j’aime les belles choses et tu es aussi belle que tu peux l’être » dit-il à une fille dans la chanson) le titre est plutôt entrainant et doit être pris aussi avec un certain second degré.

On enchaine avec Future Baby Mama, un titre qui fut reconnu par l’industrie musicale puisqu’il remporta l’award « Best R&B Vocal Male Performance » dans la cérémonie des Grammy Awards de début 2008. Pour autant, ce titre ne se démarque pas particulièrement de ce que l’on a déjà entendu des centaines de fois. Il parle bien sûr d’amour, au point où le narrateur offrira à une femme « tous ses petits-enfants ».

Voici Mr Goodnight, un autre titre mid-tempo peu remarquable dans lequel Prince joue la séduction auprès d’une fille en lui proposant une limousine, un jet privé, et du champagne. Bin voyons ! Le titre 3121 est prononcé dans la chanson, trahissant que ce titre pouvait faire aussi partie des sessions de 3121 et de Lotusflow3r.

All The Midnights In The World est à ranger parmi les titres les plus affligeants de Prince, dans la lignée du titre Graffiti Bridge. Il est encore une fois question de séduction.

Chelsea Rodgers – macaron du maxi vinyle promo US

On passe vite à Chelsea Rodgers, hymne disco dédié à une starlette modèle (la styliste Chelsea Rodgers, qui existe réellement et a produit des bijoux et pendentifs souvent utilisés par Prince et les choristes de son groupe). Appuyé par des cuivres efficaces et un lick de guitare funky, le morceau tient la route mais ne va tout de même pas chercher très loin son inspiration.

L’album prend une tournure plus dramatique avec Lion Of Judah, référence évidente à la Bible et aux témoins de Jehovah. Le titre est plutôt dans la veine pop/rock, mais ne parvient pas à décoller malgré un rythme assez enjoué.

Enfin vient Resolution, un autre titre pop/folk chanté à l’unisson mais qui ne laisse pas un souvenir impérissable.

Au global, le sentiment donné par cet album au moment de sa sortie a été de concentrer le contenu le plus médiocre que Prince ait proposé au cours de sa carrière. Mélodies banales, compositions peu inspirées, redites ennuyeuses, l’album n’a réellement d’intérêt que parce que c’est Prince qui fait des morceaux de Prince, mais il sera vite oublié dans la CD-thèque.

Fort heureusement, la sortie en magasins traditionnels sauve l’honneur. La réussite de l’opération en Grande-Bretagne a suffisamment de retentissements dans le reste du monde pour entrainer des ventes honorables aux Etats-Unis, où l’album est classé n°1 du chart R&B/Hip-Hop et n°3 du classement généraliste. Il entre dans le Top 10 aux Pays-Bas et se classe aussi 16ème en Pologne, un pays où l’intérêt pour Prince ne cesse de grandir.

Critiques

La plupart des critiques furent moyennes à positives pour Planet Earth, l’album atteignant un score de 65/100 sur le site Metacritic qui synthétise les notes attribuées.

Performances commerciales

Planet Earth est un incroyable succès porté par sa distribution à trois millions d’exemplaires avec le Mail On Sunday, en Grande-Bretagne. Il faut y ajouter la distribution à l’entrée des 21 concerts complets à Londres, soit plus de 440 000 exemplaires ! Dans les autres pays les ventes sont plus symboliques, mais l’album a tout de même été classé dans un grand nombre de charts, atteignant le Top 10 en Allemagne, en Belgique, au Danemark, en Norvège, aux Pays-Bas, et en Suisse (où il fut classé n°1). Il fut 16ème en France.

Aux États-Unis, il fut vendu à 90 000 exemplaires la semaine de sa sortie physique, ce qui lui permet d’être classé n°3 au Billboard 200 Albums, et n°1 dans la catégorie R&B/Hip-Hop. Il fut aussi n°1 dans la catégorie ‘Tastemaker Albums’. Cependant ce volume de vente est près de deux fois inférieur à celui de Musicology, indiquant qu’en seulement trois ans le marché du disque a considérablement évolué, passant d’un système de distribution physique à celui des ventes dématérialisées via internet.

Héritage

Planet Earth marquera l’histoire de la musique par l’audace de son créateur, qui continue de s’affranchir autant que possible des maisons de disques, préférant une distribution manuelle (à l’entrée des concerts) ou via des canaux alternatifs (un hebdomadaire).

En revanche sur le plan musical, on ne retiendra que Guitar et Chelsea Rodgers, largement jouées en concert dans les années 2007 à 2014, surtout pour le premier des deux titres.

Informations

Label : NPG Records / Columbia / Sony Music
Date de sortie US : 24 juillet 2007
Date de sortie Europe : 15 juillet 2007
Durée : 45mn00
Formats de sortie : CD

Les singles

Guitar

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