Timeless est un album / compilation posthume composé de 10 titres et paru le 28 août 2026 sous les labels NPG Records / Legacy / Sony Music.
Genèse
Après avoir repris le contrôle de l’Estate de Prince en 2022 et esquivé les procédures judiciaires à leur encontre jusqu’en 2024, l’avocat L Londell McMillan et le businessman Charles F Spicer Jr décident désormais des sorties discographiques posthumes, en collaboration avec Primary Wave. Il a fallut passer une période troublée, qui a vu le colossal projet Diamonds & Love réduit à un Diamonds And Pearls (Super Deluxe Edition), puis les errements liés à l’abandon du documentaire Netflix sur Prince, avant de pouvoir envisager une nouvelle édition posthume.
Aucune édition comportant des inédits n’a pu en effet paraître depuis 2024 ce qui a conduit à proposer une édition « expanded », dénuée de nouvelle matière, de l’album Around The World In A Day en 2025, ce qui n’a pas été très bien reçu par les fans.
Le retour sur le devant de la scène, début 2026, de l’artiste Céline Dion a probablement incité l’Estate à proposer With This Tear, le morceau que Prince lui avait écrit, comme single isolé le 20 avril 2026. A ce stade, aucun titre d’album n’avait été annoncé mais on savait que l’Estate préparait quelque chose.
C’est finalement le titre Stone qui est le véritable premier single de promotion de l’album. Il est paru en ligne le 4 juin 2026, le même jour que l’annonce de l’album. Certaines rumeurs dans les jours précédents disaient que l’album se nommerait Decades. En réalité, son nom est Timeless, avec l’idée de survoler les 40 ans de carrière de Prince.
Enregistrements
L’album Timeless est constitué de 10 titres présentés dans un ordre chronologique, couvrant ainsi les années 1977 à 2016 soit près de 40 ans. Toutes les décennies sont représentées par au moins un titre.
L’album contient neuf titres studio et un titre live, How Come U Don’t Call Me Anymore, enregistré pendant l’ultime tournée de Prince, Piano & a Microphone, à l’Oracle Arena de Oakland le 4 mars 2016 soit à peine plus d’un mois avant son décès.
Deux titres étaient déjà parus auparavant : Tick Tick Bang (sur Graffiti Bridge) et With This Tear, offert à Céline Dion (qui l’avait ré-enregistrée avec ses propres musiciens, pour la faire paraître sur son album éponyme en 1992). Les deux versions présentes sur Timeless sont les démos originales de ces titres.
I Am You fut enregistrée en 1977. Charles Spicer a précisé lors de la Celebration 2026 qu’elle a été jouée live lors des deux concerts de Prince au Capri Theatre, à Minneapolis, en janvier 1979. Elle contient une mélodie au clavier utilisée plus tard sur le titre I Don’t Wanna Leave You de The Time.
Heaven fut enregistrée en mai 1985 à Sunset Sound. Ce titre circule depuis longtemps parmi les fans. La version présente ici est plus courte que celle que nous connaissions sur des bootlegs comme Charade (les démos de l’album Parade).
I Wonder date d’août 1989 mais a fait l’objet d’ajouts ultérieurs en 1991–1992. La version de Timeless est donc antérieure, là aussi, à celle connue sur les pirates.
Stone fait partie d’une série de morceaux écrits par Sandra St Victor et travaillés avec elle en 1995. Ce titre a été envisagé un temps pour figurer sur l’album Emancipation, paru en 1996.
Calabama date de juin 2003. Le titre avait été joué en audio pour les détenteurs de tickets VIP de la Celebration 2023. Dans les crédits de l’album, il est noté la présence de cuivres qui ont été ajoutés en 2026, ce qui a été confirmé par le trombone Greg Boyer. Les fans avaient déjà repéré que Adrian Crutchfield et Lynn Grissett n’avaient pas travaillé avec Prince à cette époque, et que leur participation était probablement plus récente. Ce sujet a été l’objet de nombreuses réactions, obligeant Charles F Spicer Jr à corriger ses précédents propos statuant que les enregistrements étaient intouchés.
The Guilty Ones date de 2007 avec la section rythmique de Josh & Cora Dunham (que l’on connait notamment sur l’album Lotusflow3r).
Enfin, Bestest Friend a été enregistré le 3 septembre 2012 d’après les notes de pochette. C’est un mid-tempo accompagné de la section de cuivre des NPG Hornz, et qui sonne de façon contemporaine aux autres titres de cette époque.
L’ensemble du projet a bénéficié d’un mixage et d’un mastering par Chris James, l’ingénieur du son attitré de l’Estate. Chris James avait participé, du vivant de Prince, aux albums HITnRUN Phase Two, Art Official Age, ou Plectrumelectrum et aux différents mixes en Dolby Atmos réalisés à titre posthume. Au delà du mixage de chaque titre individuellement, le travail de Chris James a consisté à donner une cohérence d’ensemble à des morceaux issus de sessions et surtout de périodes très différentes.
Éditions
Timeless est présenté en fichiers digitaux (streaming), CD, album vinyle noir et une édition limitée en album violet marbré.

Contenu
Side 1 :
- I Am You (4:44)
- Tick, Tick, Bang (3:13)
- Heaven (4:29)
- I Wonder (4:11)
- With This Tear (3:53)
Side 2 :
- Stone (3:08)
- Calabama (3:31)
- The Guilty Ones (4:15)
- Bestest Friend (4:38)
- How Come U Don’t Call Me Anymore (Live)
Singles
Si l’on excepte With This Tear qui est paru en single sans officiellement faire partie de l’album, le titre Stone fut le premier single extrait de cette compilation. Il n’est disponible qu’au format digital.
Un second single est paru uniquement en Allemagne : le magazine Rolling Stone propose un 45T vinyle de The Guilty Ones, couplé avec son édition de septembre 2026. La face B de ce single est Stone.

Analyse
Timeless est donc la première sortie posthume de la nouvelle administration de l’Estate. Après avoir annoncé début 2026 qu’enfin le Vault est « libéré » (il fut impossible de faire paraître du matériel inédit tant que le documentaire Netflix avait encore la priorité), et avant la sortie probable du coffret Parade (Super Deluxe Edition) attendu dans les prochains mois, il nous est proposé cet album / compilation qui survole les 40 années de la carrière de Prince. Composé de seulement 10 titres, ce disque présente en effet des morceaux enregistrés entre 1977 et 2016.
Ce concept est donc d’un genre nouveau. Il se distingue de l’album Originals, une précédente compilation d’inédits centrée autour des versions démo de titres donnés à d’autres artistes, et de la première sortie posthume d’un album intégral issu du Vault, Welcome 2 America.
En proposant ce disque, l’Estate veut démontrer que quelle que soit la période d’enregistrement des morceaux, on retrouve l’excellence de la production de Prince et sa capacité à enregistrer des titres qui deviennent immédiatement des classiques. C’est pourquoi le titre de l’album est Timeless (« intemporel » en français).
On trouve sur le disque une grande variété de styles musicaux, en partant du disco / funk des débuts, jusqu’au dépouillement de la version live issue de la tournée où Prince était seul en scène avec son piano, en passant par les arrangements « Minneapolis Sound » des années 1980 (Heaven, I Wonder). On y trouve aussi une balade inspirée, With This Tear, ou un rock guitare endiablé sur The Guilty Ones.
Timeless peut donc être considéré comme une carte de visite, peut-être un peu comme le fut For You, le premier album de Prince en son temps, avant la parution (espérons le !) de toute une série de nouveaux enregistrements issus du Vault. Une sorte de reboot adapté à l’industrie du disque, pour reprendre les choses depuis le début.
Malgré tout, sur le plan commercial il n’est pas certain que l’album marque la carrière de Prince. Avant même sa parution, les fans ont jugé cette sortie médiocre, s’appuyant sur la pochette visuellement simpliste et un contenu pauvre (seulement 10 titres, alors que le Vault renferme des milliers de morceaux).
Pour les fans absolus, il y a tout de même de quoi être satisfait avec les versions jusqu’ici inconnues de titres comme I Wonder, ou Heaven. Même Tick Tick Bang, totalement dépoussiérée, sonne différemment de ce qui circule en bootleg.
La partie centrale de l’album risque de lasser l’auditeur moyen. Pourtant With This Tear, prise individuellement, est un vrai bijou avec des vocaux comme rarement entendus chez Prince. Reste Stone, un morceau sans grand relief.
Fort heureusement, Calabama revient à un funk jouissif et intégrant les paroles du titre bien connu en live, Prince & The Band. Calabama était le nom du projet qui était avant, ou a abouti à, l’album Musicology.
The Guilty Ones (indiquée à la Celebration comment étant l’un des morceaux préférés de Charles F Spicer Jr) ne semble pas particulièrement incroyable, à part pour son côté rock et les multiples parties de guitare qui le composent. Bestest Friend est très contemporain des productions de 2012, à ce titre c’est un morceau qui semble assez invisible au départ, puis l’intérêt grandit, avec des parties vocales sublimes et des cuivres qui sont plutôt sympathiques.
Enfin, la version live de How Come U Don’t Call me Anymore ? est bien agréable à entendre mais sa présence dans cet album questionne quelque peu, même si cela colle assez à l’hypothèse d’une présentation catalogue en attendant, espérons-le, d’autres sorties plus conséquentes. Là encore, ce titre démontre qu’à quelques semaines de sa disparition, Prince avait encore une maîtrise total de son art et de sa voix.
Que dire au final de ce projet ? Il est assez difficile de déterminer à quel public s’adresse exactement ce disque. Au final, aucun des morceaux ne va dans la simplicité ou l’évidence. Mais n’est ce pas ce qui caractérise le mieux Prince ? Des titres comme Batdance ou When Doves Cry, en leur temps, avaient aussi dérouté le public avant de devenir des évidences. Si l’industrie du disque a bien changé, il reste peut être encore suffisamment de mélomanes pour apprécier à leur juste hauteur les titres proposés. Les compositions et les arrangements sont riches, et l’écoute de l’ensemble est intense. Sans contestation, les parties instrumentales ou les harmonies vocales proposées sont brillantes. Au final comme souvent, on retiendra les deux morceaux les plus funky de l’album à savoir I Am You et Calabama. Le reste sera une suite d’exercices de styles qui peuvent plaire ou non.
Une nouvelle fois, l’avenir dira si l’Estate a réussi ce nouveau pari.
Critiques
La réception globale de Timeless à sa sortie a été nettement plus négative que positive dans la critique professionnelle, surtout aux États-Unis. En Europe, bien souvent les avis sont plus nuancés.
Les chansons prises individuellement sont souvent jugées bonnes, voire excellentes. La qualité de certains enregistrements et le travail de Chris James sont appréciés.
C’est le projet éditorial qui est très largement critiqué : sélection de titres jugée faible, séquençage artificiel, absence de véritable cohérence artistique, durée courte, manque de contexte et impression d’une compilation assemblée plutôt que d’un véritable album de Prince. Aussi, le packaging a été souvent considéré comme peu soigné.
Plusieurs critiques considèrent même que Timeless ne rend pas justice à la richesse supposée du Vault. L’histoire des overdubs sur le titre Calabama a fait grand bruit au sein des fans et a posé la question du respect de l’intégrité des archives de Prince.
Aux États-Unis, la critique du magazine Rolling Stone fut assassine : Michaelangelo Matos reproche à Timeless de ne jamais atteindre le niveau de dynamisme, de surprise et de construction qui caractérisait les vrais albums de Prince. Il considère l’assemblage comme « quelque chose qui s’est fait en 15 minutes ».
Également, Stephen Thomas Erlewine, un critique musical majeur aux États-Unis, fait le reproche que l’Estate « neutralise précisément les bizarreries, les aspérités et les choix de production qui faisaient l’identité de Prince. »
Au final, les critiques ne considèrent généralement pas Timeless comme un mauvais disque de Prince, elles considèrent surtout que c’est un mauvais moyen de présenter Prince.
Performances commerciales
La semaine de sa sortie, Timeless est entré dans différents charts aux États-Unis : n°5 au Top R&B Albums, n°14 au Top R&B & Hip-Hop albums, et n°59 au Billboard Albums 200.
Concernant le Top Albums généraliste, il fut classé n°1 en Suisse, n°3 en Belgique, n°4 en Italie, n°6 au Canada, n°7 en France, et n°9 aux États-Unis.
En terme de streaming, il y eut 1,3 million de streams au niveau mondial. Il fut classé dans les charts de streaming comme n°3 en Allemagne et en Turquie, n°4 au Danemark et en Autriche, n°6 au Japon et en Grande-Bretagne, et n°7 en Australie et en Suisse.
Héritage
Cette section sera mise à jour prochainement.