Statut : projet abandonné.
The Second Coming est le projet d’un album live qui aurait pu être accompagné d’un film, prévu pour sortir après l’album Controversy et la tournée du même nom, donc au cours du printemps / été 1982.
Genèse
En février / mars 1982 se déroule la deuxième phase de la tournée Controversy (du 28 janvier au 14 mars 1982). La qualité du matériel et la réussite de ces shows incite Prince à envisager la parution d’un album live.
Cet album live devait aussi avoir une déclinaison en vidéo. La volonté de Prince était de disposer d’un support lui permettant d’atteindre des audiences qui ne se rendaient pas aux concerts. Le management de Prince cherchait à être édité en cassette vidéo ou à être distribué sur un réseau de télévision locale comme il y en a beaucoup aux États-Unis.
Pour cela, Prince fait appel au réalisateur Chuck Statler, qui avait filmé quelques mois auparavant un clip vidéo pour le titre Cool de The Time. Chuck Statler avait rencontré le manager de Prince, Steven Fargnoli, au First Avenue à Minneapolis, qui lui a dit admirer le travail qu’il a effectué pour les premiers clips du groupe Devo. Statler a également réalisé la vidéo de One Step Beyond pour Madness, ou un titre de Elvis Costello.
Le tournage du clip de Cool était en quelque sorte un test grandeur nature pour Chuck Statler. Prince étant satisfait du résultat, il lui demanda de filmer l’un des concerts de la tournée.
C’est le concert « à domicile » de Bloomington du 7 mars 1982, dans la banlieue de Minneapolis, qui est choisi pour le tournage et l’enregistrement live. Les posters de ce concert mentionnent en effet que Prince va enregistrer pour un show « TV Special ». En réalité à ce stade, aucun contrat de diffusion n’avait encore été signé.
Production
Le tournage du concert au Met Center de Bloomington est réalisé à l’aide de 6 caméras qui ont filmé en 16mm couleurs (dont une spécifiquement pour le public). Le choix de ce format destine cette production à une exploitation en télévision ou sur format vidéo (VHS), tout en ayant un rendu cinématographique.
Le montage du concert démarre peu après, assuré par Chuck Statler et Steven Z, l’un des frères de Bobby Z (batteur de The Revolution). D’après les deux hommes, Prince fut très enthousiaste à la vue des scènes filmées. Il demanda alors à ses managers de regarder si une exploitation en salles de cinéma était possible. Pour cela, il fallait passer au format 35 mm ce qui impliquait un processus de « blow up » (gonflage de l’image). L’opération est techniquement possible mais assez coûteuse.
Dans le même temps, Prince embarqua l’équipe technique de Statler pour filmer des saynètes destinées à lier entre eux les morceaux live. Les scènes furent filmées dans la maison de Kiowa Trail et même jusque dans la chambre de Prince. On y retrouve Susan Moonsie et Kim Upsher. Quelques courts extraits de ces saynètes ont fuité, mais l’essentiel du matériel demeure inédit.
Ce qui devait être juste une captation live prend peu à peu la forme d’un film documentaire, mêlant des scènes live avec une storyline fantaisiste. Cependant, sans véritable script ni scénario, ni réelle phase de pré-production, ni budget spécifique alloué, le tournage s’effectue dans des conditions assez chaotiques. Des heures et des heures de rushes, d’interviews, de scènes sont filmées mais personne ne sait réellement qui va exploiter toute cette masse de travail.
D’autre part, Prince exigeait qu’il y ait toujours plus de lumières en fond de scènes, pour créer un effet un peu surréaliste, comme dans un rêve. On retrouve un peu de cette idée dans des clips ultérieurs, tels que Let’s Pretend We’re Married, ou Drive Me Wild pour Vanity 6.
Les relations entre Prince et Statler se sont alors rapidement détériorées.
Abandon du projet
D’après les personnes directement impliquées, le projet s’est arrêté quasiment du jour au lendemain. Dès que la tournée fut terminée, en avril 1982, Prince donne la priorité à la réalisation de l’album des Vanity 6, ainsi que le second album de The Time, et son propre album 1999 qui sont pour l’essentiel enregistrés à Sunset Sound, à Los Angeles. Il est possible que l’absence d’un contrat pour diffuser le film The Second Coming, que ce soit en vidéo ou au cinéma, ainsi que le délai très court pour caler ce projet dans la discographie de Prince, ont fait qu’il n’était pas pertinent de le sortir.
En effet, tout ce travail à la fois sur l’album live et sur le film a été réalisé en à peine un mois, et dans une période bouillonnante où de nombreux projets évoluaient simultanément.
Album live : The Second Coming
On sait encore moins de choses à propos de l’album live qui était prévu conjointement avec le film.
Il n’est d’ailleurs pas certain que l’album live, également intitulé The Second Coming, corresponde exactement au projet de film. Il a pu être envisagé avant, ou même après une fois que le film a été abandonné, ou encore comme « bande originale de film ».
L’album (tout comme le film) aurait été tiré du concert au Met Center de Bloomington, du 7 mars 1982, qui proposait le set list suivant :
- Intro: The Second Coming
- Uptown
- Why You Wanna Treat Me So Bad?
- When You Were Mine
- I Wanna Be Your Lover
- Head
- Annie Christian
- Dirty Mind
- Do Me, Baby
- Controversy
- Let’s Work
- Jack U Off
- Private Joy
Le show débute par un morceau pré-enregistré a cappella, diffusé pour la première fois lors d’un show en octobre 1981. On voit donc que l’idée d’intituler un album avec le titre The Second Coming date d’avant la production du film (mars 1982).
Il est fort probable que sur disque, le concert aurait été sensiblement édité. En effet la durée totale du show est de 90 minutes ce qui est incompatible avec une sortie en album simple. Il aurait fallu un double album pour contenir l’intégralité du concert, ce qui peut aussi s’envisager et peut avoir amené Prince à réfléchir à un double album studio ensuite, cette fois pour 1999.
Héritage
A bien des égards, le projet The Second Coming est un foisonnement d’idées dont certaines aboutiront quelques années plus tard. On y trouve déjà l’ambition d’accéder au cinéma, et celle de produire un film musical glam-rock, ce qui deviendra Purple Rain en 1984. Le principe d’un film-concert entrecoupé de saynètes sera repris pour Sign O The Times, en 1987. D’ailleurs ce film a été mis en œuvre dès que les studios Paisley Park sont devenus opérationnels en juillet 1987. Donc à peine Prince avait à disposition l’infrastructure lui permettant d’accéder à ses envies, que celles-ci prenaient forme.
Le film The Second Coming n’a jamais été complété, et Statler a révélé dans des interviews ultérieures qu’il n’avait jamais été payé pour son travail. En 2005, Prince aurait repris contact avec lui pour lui réclamer les bandes du concert du Met Center. C’est alors qu’un arrangement financier fut trouvé. Statler dit ne pas savoir pourquoi Prince s’est tout à coup intéressé à ce matériel. Il dit lui avoir remis tout ce qu’il avait en sa possession : bobines originales et versions de travail montées. Quelques années plus tard, après la mort de Prince, Statler a retrouvé d’autres rushes contenant des scènes filmées, mais qu’il lui est impossible de publier pour des raisons légales.


