Carmen Electra, de son vrai nom Tara Leigh Patrick, est une artiste américaine née le 20 avril 1972 à Sharonville dans l’Ohio (États-Unis). Son unique album, Carmen Electra, est paru sur Paisley Park Records le 9 février 1993.
Biographie et rencontre avec Prince
Tara est issue d’une famille de musiciens : son père, Harry Patrick, est guitariste et sa mère, Patricia, est chanteuse. Intéressée essentiellement par la danse, elle débute sa carrière professionnelle en 1990 dans un parc d’attractions, Kings Island dans l’Ohio, où elle fait partie de la troupe du spectacle « It’s Magic » qui est l’un des spectacles du parc les plus appréciés. Puis elle décide de se rendre à Los Angeles pour y trouver d’autres opportunités. Le 14 septembre 1990, à peine une semaine après son arrivée, elle se rend dans un club appelé Spice et danse au milieu des night-clubbers. Elle se fait alors repérer par Robin Power, qui après avoir participé au film Graffiti Bridge tente de développer un groupe féminin appelé The Uptown Dames. Elle aborde Tara en lui expliquant qu’elle monte un groupe produit par Prince et elle pense qu’elle conviendrait pour compléter le groupe. Elle lui propose de rencontrer Prince le soir même pour passer une audition.
Tara fut alors emmenée dans la maison de Prince à Beverly Hills et présentée à lui. Il se mit au piano et elle dansa devant lui à deux heures du matin. Prince ne fit part d’aucun sentiment ni ne dit aucun mot, puis il pris congé.
Après avoir attendu des heures dans une chambre, Tara est ramenée chez elle sans savoir ce qu’il en est. Déçue, elle pensait avoir raté l’audition et se dit qu’elle devrait prendre davantage de leçons de danse. Deux mois plus tard, Robin Power la rappelle pour lui dire qu’elle ne sait pas ce qui n’a pas pu marcher, et qu’elle n’a aucune information à lui communiquer.
Tara part donc sur d’autres pistes et signe un contrat pour enregistrer une maquette chez Capitol Records. La démo se fait, mais Tara n’est pas très satisfaite du résultat et reprend contact avec Duane Nelson, qui est le demi-frère de Prince et qui s’occupe à l’époque de la sécurité pour Paisley Park. C’est lui qui l’avait emmenée en voiture chez Prince la première fois. Par son intermédiaire, elle fait parvenir la bande démo à Prince en lui demandant de l’aider.
Il se passe quelque temps, puis Tara reçoit un appel de Prince à quatre heures du matin. Il la convainc qu’elle devrait avoir son propre contrat et chanter en solo plutôt que de rester à l’arrière plan. Il lui dit qu’il a écrit une chanson pour elle et que si elle le veut, elle peut la chanter. La chanson s’appelle Carmen On Top. Pour l’enregistrer, Tara doit se rendre à Minneapolis. Son billet d’avion est déjà réservé.
Préparatifs
Une fois sur place, elle signe un contrat avec Paisley Park Records qui lui autorise un accès et des moyens quasi illimités à Paisley Park Studios. Elle a alors le sentiment de vivre un véritable conte de fée : âgée d’à peine 18 ans, elle a la possibilité de vivre complètement sa passion artistique en dansant et chantant ses propres chansons. Elle racontera plus tard qu’elle ne se rendait pas compte des moyens mis en œuvre : coiffure, look, musiciens, instruments, toute une équipe était autour d’elle à sa disposition. C’est quand elle eut quitté l’environnement de Prince qu’elle compris qu’il fallait normalement payer pour avoir tout cela.
L’enregistrement de Carmen On Top a lieu cependant à Los Angeles le 9 mars 1991 aux studios Larrabee. Il s’agit de la variation d’un titre enregistré initialement avec Robin Power, Robin On Top et destiné à l’album des Uptown Dames dans lequel Prince a perdu de l’intérêt au fil du temps.
C’est à ce moment là que Prince décida que le nom d’artiste de Tara serait Carmen. Il était alors envisagé que l’album s’intitule aussi Carmen On Top (ou simplement On Top avec le nom d’artiste Carmen). Pour des raisons de conflit de copyright dans l’usage exclusif du prénom Carmen (notamment avec l’opéra de Georges Bizet), il fut nécessaire d’y ajouter le nom Electra, que Prince voulait utiliser depuis longtemps pour une de ses protégées. Jill Jones par exemple a mentionné que Prince avait voulu la nommer Electra, ce qu’elle avait refusé.
Un autre titre issu du Vault est utilisé dans ces sessions : Fantasia Erotica, initialement enregistré avec Anna Fantastic en 1989. Déjà à cette époque, Anna Fantastic devait constituer un trio féminin de chant et danse et cette chanson devait en faire partie.
Le seul titre inédit enregistré dans ces sessions est Fun.
Les sessions pour l’album de Carmen Electra se poursuivent au cours de l’année 1991 entre Los Angeles (studios Larrabee ou Record Plant) et Minneapolis (Paisley Park).
Certains titres sont issus d’enregistrements précédents et retravaillés avec Carmen Electra. C’est le cas de Go On (Witcha Bad Self) qui date de fin 1990 / début 1991 et avait été enregistré lors de sessions studio pour Martika. Good Judy Girlfriend est aussi dans cette catégorie, ce titre ayant été intégré dans une version de travail de l’album Rave Unto The Joy Fantastic en 1989.
D’autres titres prévus pour son album sont en revanche des compositions spécifiques. Plusieurs ont été enregistrées au printemps et été 1991. On trouve dans cette catégorie Go Carmen Go en avril, Powerline au printemps, et The Juice enregistrée le 10 juillet 1991. All That date aussi de cette période.
Une autre série de titres sont mis sur bande à la fin de l’année 1991 ou au début de 1992. Go Go Dancer, qui est un peu l’hymne de Carmen Electra, est enregistrée le 9 novembre 1991. S.T. date également de cette époque. La chanson fait référence au titre Skin Tight des Ohio Players. Just A Little Lovin’ et This Is My House sont également créées pour l’occasion.
Beaucoup de ces titres sont produits par Prince (sous le pseudonyme de Paisley Park) et écrits ou co-écrits avec Carmen Electra, Levi Seacer Jr et Tony M. L’album emploie un important nombre de musiciens dont les NPG Hornheads, ainsi que l’ensemble des NPG (Michael Bland, Sonny T, Tommy Barbarella, les Game Boyz et Rosie Gaines) et même le groupe gospel The Steeles. Tout comme l’album Diamonds And Pearls, au moins cinq des titres sont remixés à Los Angeles par le célébrissime Keith « K.C. » Cohen. Le style musical de l’album oscille entre de la dance music définie pour être écoutée à fort volume et des titres plus groovy dans une veine R&B / rap, en vogue à l’époque avec des groupes comme TLC, Salt’n’Pepa, ou Monie Love, qui participe d’ailleurs dans les chœurs de deux titres enregistrés en 1992, Step 2 The Mic et Everybody Get On Up. L’album fait aussi beaucoup appels aux samples d’artistes extérieurs.
Au long de l’année 1991, Prince est de plus en plus enthousiaste concernant Carmen Electra. La promotion qui se met en place début 1992 n’y va pas par quatre chemins, statuant que Carmen est « la femme la plus flippante sur Terre » (dans le sens positif), qu’elle est « inévitable » ou que « écouter sa musique avec le volume à fond, c’est comme jouir 1 000 fois ».
Version du 2 avril 1992
Une première version de l’album de Carmen Electra est compilée le 2 avril 1992, juste avant que Prince s’envole pour le Japon débuter la tournée Diamonds And Pearls. A ce stade l’album s’intitule toujours On Top et il comporte les titres suivants :
Go Go Dancer
The Juice
Carmen On Top
Go On (Witcha Bad Self)
Fun
S.T.
Go Carmen Go
Good Judy Girlfriend
Fantasia Erotica
Powerline
Just A Little Lovin’
All That
This Is My House
Version du 15 juin 1992
Durant le break de 15 jours qui sépare les parties asiatiques et européennes de la tournée Diamonds And Pearls, l’album de Carmen Electra est révisé par Prince. Le titre Power From Above, enregistré en août 1991 est intégré comme morceau d’ouverture, et c’est avec Go Go Dancer que se clôture l’album. Il est intéressant de noter que Power From Above reprend une phrase déjà entendu dans Batdance : « hey, we got the power, oh we got the soul ».
Le titre The Juice, figurant initialement en deuxième position, est relégué comme piste bonus pour le CD uniquement.
Diamonds And Pearls Tour (1992)
Tandis que Prince et sa troupe partent pour le Japon et l’Australie afin d’assurer les concerts de la tournée Diamonds And Pearls, Carmen Electra reste aux États-Unis avec la mission de préparer des prestations pour les premières parties des concerts qui doivent se dérouler en Europe, à compter de fin mai 1992.
Un groupe est réuni autour d’elle et comporte : Jamie Schember Chez (batterie), Jackie Lee Robinson (basse), Jason Cameron (guitare), Greg Sain (claviers), Morris Hayes (claviers), Jason ‘JP’ Delaire (claviers et saxophone), Kathleen Johnson (choeurs), ainsi que Louis Sorrell (dance, rap), et Marcus Knight (dance). Ces musiciens n’ont précédemment jamais collaboré avec Prince bien que Mr Hayes gravite autour depuis quelques années, et sera amené à remplacer Rosie Gaines à la fin de la tournée Diamonds And Pearls.
Carmen Electra se produit en première partie des concerts de Prince à l’arrivée de la tournée en Europe, soit dès le 25 mai 1992 à Gand (Belgique). Le show de Carmen Electra est particulièrement abouti, proposant une base musicale solide et groovy, de la danse, des démonstrations de pole dance, des grands écarts, et différents tableaux au long des 25 minutes de prestation.
Le set comporte généralement : intro – Go Carmen Go – Carmen On Top – Go On (Witcha Bad Self) – Fun – interlude – Just A Little Lovin’ – Go Go Dancer. Il y eut quelques variations selon les dates, où notamment S.T. pouvait être inséré.
Les 12 premières dates de la tournée verront Carmen Electra dérouler son show en première partie des concerts de Prince, soit jusqu’au 10 juin à Hambourg. Puis Carmen sera absente des trois dates suivantes.
Il semblerait que Benny Medina, l’un des dirigeants de Warner, soit venu voir le show de Carmen Electra et aurait exprimé des doutes à propos de ses qualités artistiques. En réponse à cela peut-être, Prince aurait renvoyé la session rythmique du groupe de Carmen Electra pour les remplacer par ses propres musiciens, à savoir Michael Bland, Sonny T, et Levi Seacer Jr. Après quelques jours de reprise en main, ils assureront deux dates à Londres les 17 et 19 juin, puis le set de Carmen Electra sera purement et simplement retiré de l’affiche.
Il est fort possible que ce revirement soit dû à la mauvaise presse générée par le spectacle de Carmen Electra. En effet son set est assez mal reçu, tant par les critiques qu’une partie du public. Il faut dire que Carmen Electra vient s’ajouter à une longue liste d’égéries princières qui a vu défiler Vanity, Apollonia, Sheila E, Jill Jones, ou Ingrid Chavez. Sa musique voulue comme « powerful », dense et groovy, ne fait pas l’unanimité. Enfin et surtout, ses performances vocales sont limitées. D’autre part, davantage que toute autre production Prince avant elle, Carmen Electra donne un sentiment d’une artiste préfabriquée, un concept conçu de toute pièce autour d’une nouvelle girlfriend, et de « poupée plastique » sans grand intérêt.
Or la sortie du single Go Go Dancer est prévue pour le 18 juin 1992. Ce single a une importance capitale, tant pour Carmen Electra elle-même que pour le label Paisley Park Records. Deux millions de dollars ont été investis par Warner Bros et Paisley Park Records ($1 million chacun) pour la promotion de ce disque : publicités pleine page dans des magazines et journaux, et clip vidéo destiné à MTV. Il n’est alors pas question que le « bad buzz » autour du show de Carmen Electra vienne impacter le potentiel de ce single.
Single : Go Go Dancer (18 juin 1992) et finalisation de l’album
Le premier single de Carmen Electra paraît dans le commerce. Le maxi-CD/12’’ décline le titre en plusieurs remixes orientés « dance ». Malgré de fortes attentes et une promotion soutenue, ce titre ne parvient pas à entrer dans les charts, ni en Europe ni aux USA. La rotation élevée voulue sur MTV ne se produira pas. C’est donc un cuisant échec pour l’ensemble des protagonistes.
A la suite de cela, l’album est une nouvelle fois révisé. Deux titres avec participation de la rapeuse Monie Love et enregistrés au printemps à Sydney sont réutilisés en juin à Londres. Carmen Electra y ajouta sa voix pendant un jour « off » de la tournée. Les titres sont Step 2 The Mic et Everybody Get On Up, lequel est partiellement une reprise d’un titre de 1967 du groupe The Esquires. Trois segues sont également créés courant 1992 pour s’insérer dans l’album.
Pas moins de cinq titres sont retirés de la configuration finale : Power From Above, Carmen On Top, Go Carmen Go, Powerline et The Juice. L’album finalisé contient 14 pistes dont trois segues.
Initialement prévu pour paraître en juillet 1992, l’album est reporté jusque dans la seconde moitié de l’année. L’album Love Symbol, prévu au départ pour sortir le 7 septembre, est également reporté jusqu’au 13 octobre. Ce dernier album est d’une importance capitale car il est le premier à entrer dans le cadre du nouveau contrat que Prince a signé avec la Warner. Il doit atteindre 5 millions d’exemplaires vendus pour remplir les conditions du contrat. Pour ne pas interférer dans la promotion de ce disque, l’album de Carmen Electra est à nouveau reporté, jusque début 1993.
Album : Carmen Electra (Paisley Park Records, 1993)
L’album de Carmen Electra parait donc le 9 février 1993, soit près de huit mois après la date initialement prévue. Ce délai fait que l’album ne bénéficie plus de l’engouement (même léger) qui a pu être suscité lors de la tournée Diamonds And Pearls. Il sort d’ailleurs dans une indifférence quasi générale.
La configuration finale de l’album est la suivante :
- Go Go Dancer (4:45)
- Good Judy Girlfriend (1:59)
- Go On (Witcha Bad Self) (4:09)
- Step To The Mic (3:16)
- S.T. (4:03)
- Fantasia Erotica (4:36)
- Everybody Get On Up (4:01)
- Segue (0:29)
- Fun (3:42)
- Just A Little Lovin’ (4:02)
- Segue (0:46)
- All That (4:29)
- Segue (0:12)
- This Is My House (3:28)
Cet album, une fois encore, intègre les équipes de Prince de l’époque au grand complet : le groupe NPG, les Game Boyz, les Hornheads, les Steeles, et beaucoup d’autres noms familiers. Il souffre pourtant des maux déjà rencontrés sur d’autres productions comme celles de Jill Jones ou de Mavis Staples : la qualité musicale est puissante et les morceaux groovy, mais l’ensemble de la production n’est pas assez attrayante.
Contrairement à ce que l’on pouvait s’attendre, l’album de Carmen Electra n’est pas constitué que de morceaux « dance », on y trouve quelques titres groovy comme Step To The Mic, Everybody Get On Up, ou Just A Little Lovin’, qui le rapproche davantage de l’album Gold Nigga des NPG qui paraitra quelques mois plus tard. Le titre All That fut considéré par beaucoup de fans comme un sacrilège de la chanson Adore (de l’album Sign O’ The Times), sur laquelle elle est basée musicalement.
Les paroles et l’attitude de Carmen Electra se rapprochent un peu de ce que fait Madonna à l’époque. En 1992, Madonna avait fait scandale avec la parution de son livre Sex et de l’album Erotica qui l’accompagnait. Il pouvait donc y avoir une clientèle adulte et sexy qui appréciait ce type de musique et d’ambiance.
L’album fut appuyé par trois singles : Go Go Dancer, qui est donc sorti très en amont de l’album, puis Everybody Get On Up et enfin Fantasia Erotica. Ces singles sont accompagnés par des clips vidéo. Les déclinaisons en maxi-single ne proposent que des remixes sans grand intérêt.
Ni l’album ni aucun des singles ne firent d’apparition dans les charts américains ou européens, à part Everybody Get On Up qui ne fit qu’une timide apparition à la 33ème place du Billboard Hot Dance Music aux USA. Commercialement, c’est donc un cuisant échec qui sonne un peu le glas du label Paisley Park Records, ce disque étant l’un des derniers à paraître sur ce label.
Glam Slam Ulysses / Erotic City Dancers (1993)
Après la sortie de son album, Carmen Electra se relocalise à Los Angeles et devient l’héroïne principale du spectacle Glam Slam Ulysses que Prince met sur pied en urgence mi-1993 lors de ses démêlés avec la Warner.
Tenu au sein du club Glam Slam West, le spectacle a donné lieu à une quinzaine de représentations avant d’être abandonné.
Par la suite, Carmen Electra et la troupe des ErotiCity Dancers se produisaient tous les week-ends dans le club, proposant des chorégraphies sur les musiques distillées par le DJ.
Début 1995, toute cette troupe accompagne Prince lors de sa prestations aux American Music Awards, où il joue le Purple Medley.
Carrière après Prince
Carmen Electra est l’une des rares protégées de Prince a avoir obtenu ensuite une reconnaissance mondiale et une renommée bien au delà de son travail avec lui.
En 1997, Carmen Electra est engagée dans le casting de la série TV Baywatch (Alerte à Malibu en français) où elle devient célèbre.


